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Comment j’ai survécu à la mort de Michael Jackson

Il y a des moments où on est déconnecté de toutes formes de communication contemporaine (oui, ça peut arriver) et où les bons vieux mécanismes de transmission de nouvelles se mettent en branle.

Ces derniers jours, j’étais en campagne, entourée d’une quantité incroyable de gens qui se passaient le mot: « hé, t’as entendu? Michael Jackson est mort ». Dans un tel contexte, on a le temps de se demander s’il ne s’agit pas d’une fausse rumeur qu’un plaisantin a décidé de faire circuler, juste comme ça, pour voir si ça marche. Mais bon, on a tôt su qu’il s’agissait de la vraie vérité et puis pourquoi pas, c’était bien un homme comme un autre ce Michael, ou même physiquement plus mal en point que la moyenne je dirais, et puis ça finit bien par mourir un jour, ces humains.

MichaelJackson

Tout de même, le contexte était particuler, presque ironique, puisque nous étions pour ainsi dire une immense masse de gens rassemblés dans un lieu qui aurait pu être baptisé « la version alternative de Neverland », si le rassemblement ne portait pas déjà le nom de: Fusion. 80,000 personnes, dit-on. La plupart étant des adultes qui refusent, par moments du moins, de grandir. Et qui aiment, comme le roi de la pop, danser.

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(c'est écrit FUSION en alphabet cyrillique)

C’était mon premier séjour au sein de ce festival qui, comme vous le voyez de par les chiffres, a énormément gagné en popularité depuis les dernières 12 années que ça existe. Moi, je n’y étais pas tellement attirée, mais cette année, j’étais invitée à y travailler un peu pour financer notre collectif vidéo. Ce qui me donnait un accès à la zone « Backstage » avec nourriture tout inclue. Du fait, mon expérience se distingue peut-être un peu de celle des gens qui ont dû payer leur entrée et tout ce qui vient avec.

Mais quand même. Même avec les privilèges, je dois dire que je m’y rendais avec quelques préjugés. J’ai rejoint par train les autres amis partis plus tôt dans la journée. De la ville avoisinante jusqu’au terrain du festival, il fallait s’entasser dans des autobus-voyageur. Pendant le trajet qui sentait le vieux dreads mouillé, envahie de jeunes surexcités, je me demandais bien il allait être où, le fun. J’avais peur de me ramasser avec une gang de ravers qui veulent juste te masser tout le temps.

Mais une fois sur place, j’ai bien vu la variété humaine, toute sa panoplie de genres, dans toute sa splendeur, profiter des moindres recoins d’un immense ancien terrain militaire d’aviation. Oui, l’espace même était un hommage au passage du temps, de la Guerre Froide qui a laissé ses traces sans trop savoir quoi faire de ses ruines. Dans les hangars d’avion abandonnés, des scènes de tout genre, du théâtre expérimental au punk, du dub au cabaret absurde, du jazz au balkan beat. Et bien sûr, du techno et des ravers ravis. On peut pas s’en sortir complètement, quand même. En tout, une quinzaine de scènes officielles, toutes aussi fréquentées les unes que les autres, puis des performances spontanées dans chaque moindre recoin. Et puis partout, des installations lumineuses, avec des patentes amoureusement gossées dans du bois, du tissu ou des déchets récupérés. La scène de bricoleurs freaks de Berlin et Hambourg est riche, riche, riche.

Bref, partout de la folie. 24 heures sur vingt-quatre, programme sans interruption. Les gens ont leur tente, se relaient pour dormir, mais si peu. Le beat garde éveillé, de toute façon.

Et puis surtout: pas une affiche de commandite. Rien de corporate. Impensable, de nos jours. Fait du bien aux yeux. La seule pub qui puisse exister, c’est celle des collectifs qui gèrent un ou l’autre des aspects du festival: à l’entrée, un message clair aux néo-nazis avec des drapeaux de la brigade anti-fasciste. Ou là encore, le bar principal qui s’appelle « no deportation class » et ramasse des sous pour les droits des réfugiés. Des exemples.

Je n’avais pas mon appareil photo avec moi, de toute façon c’est le genre d’espace qui se photographie par petits bouts, et puis les petits bouts ne rendront jamais l’ensemble… Ne serait-ce que dans les moindres détails, genre, les voitures de la sécurité et des ambulanciers: des vieilles bagnoles toutes dégringolées trafiquées à la Mad Max ou recouvertes d’un tapis sculpté en forme de lapin, avec la carotte géante qui pend au bout d’une corde.

Tout de même, pour que mon blogue ne soit pas qu’un roman, voici deux belles photos d’un dénommé GuyInkognito, puis vous en verrez des tonnes d’autres dans le pool flickr consacré à la Fusion.

fusion_lumierefusion_foule

Après quatre jours entourée d’autant de gens, tu reviens à Berlin et les rues semblent bien vides. Mais je dois l’avouer, je n’étais pas déçue de remettre les pieds dans un petit village bien tranquille.

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Mon premier tour guidé berlinois

Je n’ai rien contre les tours guidés. Je sais qu’ils peuvent être passionnants, pourtant, je n’avais pas encore saisi l’occasion d’en faire un, depuis le temps que je traîne à Berlin.

Alors, tant qu’à m’y mettre, aussi bien de commencer avec un vrai-faux, Berlin-style trash, comme il se doit. Pour ouvrir leur tour guidé, les hôtesses du groupe Drifting Underground offrent d’abord un petit cocktail de bienvenue, de la vodka dans du punch aux fruits. La musique d’accompagnement raconte les dérives du quartier, les personnages qu’on y croise sont tout croches, la tournée-performance est chaotique à souhait.

Et à travers ce tour, on réalise que dans la vraie vie de quartier à Kreuzberg, il y a tout autant de personnages absurdes qui viennent contribuer à la chose. Un enfant maquillé en tigre-papillon, des alcooliques qui viennent commenter l’histoire, un ado qui se met à tournoyer hystériquement autour de nous en criant, un concert heavy-metal dans une fête de quartier: tout cela faisait partie de la mise en scène, que les acteurs l’aient voulu ou non.

Work-in-progress, ie. reste beaucoup de place à l’amélioration, mais c’est justement l’esprit du trash. Mérite le déplacement.

Plus de bonnes photos ici.

Parce qu’il manque d’heures dans une vie

Il y a déjà quelques jours que j’ai sur ma liste de choses à faire que d’écrire en ces lignes une entrée ayant pour titre J’ai voulu voir Varsovie, et j’ai vu Varsovie, tsé pour faire un genre de suivi avec l’épisode du hamburger. Car oui, j’essaie d’intégrer un peu de méthodisme dans mon blogue – c’est mon frère qui m’a déjà dit que ça manquait de suivi mon affaire. Sorry, frérot, ça arrive de même, j’ai beau essayer, des fois les secondes qu’on grappille par-ci par-là manquent pour tout faire ce qu’on aimerait donc faire.

J’étais à Varsovie pour filmer une série de conférences contre Frontex, une agence qui coordonne le contrôle des frontières extérieures de l’Europe, des mesures qui mettent en péril la vie de migrants qui tentent de traverser en Europe. (J’en ai parlé à la radio de Macadam Tribus, cliquez sur l’émission du 6 juin dans le calendrier et je me trouve à être là à quelque part dans la première partie).

Autrement, ce à quoi je consacre mon temps depuis mon retour de Pologne, c’est à la préparation de notre DVD sur lequel ce retrouvera, entre autres, un clip sur Frontex, mais plein d’autres choses: c’est le tout nouveau magazine-vidéo d’AK-Kraak, ce collectif vidéo qui m’amène justement à me promener un peu partout. Contenu assez politique, des fois sous format sérieux, des fois drôle.

Exemples:

Un clip qui souligne les multiples efforts pour faire sortir la vérité sur les circonstances entourant la mort d’Oury Jalloh un réfugié provenant du Sierra Leone qui est mort dans sa cellule de prison à Dessau, brûlé vif. La première version de la police disait qu’il s’agissait d’un suicide, mais curieusement, le type était menotté aux mains et aux pieds lors de l’incendie.

Un documentaire sur une usine de vélos allemande qui été acheté par une grosse compagnie américaine puis relocalisée= perte d’emplois pour plus d’une centaine de personnes dans la région. Les employés ont décidé de squatter l’usine et ont repris la production de manière auto-gérée pour une courte période de temps. Strike Bike: c’est le nom de cette initiative.

Des documentaires qui ont été tourné en Sicile, un sur l’accueil des réfugiés sur l’île italienne de Lampedusa et un autre sur la curieuse façon de régler la crise du logement dans le sud de l’Italie: des familles entières vivent dans des containers en attendant que leur soit proposé des logements sociaux à prix modiques. Cette solution « temporaire » a été financée à gros prix par le gouvernement, main dans la main avec la mafia. Et un super vidéo amateur qui dévoile toute la vérité sur Berlusconi et les éruptions volcaniques. Explosif.

Bref, des trucs intéressants. Si vous me lisez et êtes dans le coin, passez voir ça au Lichtblick la semaine prochaine.

Chien chien

Du 27 mai au 1er juin, se déroule la « Semaine d’action pour les espaces autonomes » à Berlin, apparemment. Je le mentionne comme ça, pas comme si c’était vraiment spécial dans la vie berlinoise, parce que j’ai plutôt l’impression qu’il ne se passe pas une semaine sans que ces espaces autonomes ne proposent une série d’actions. Propriétaires de BMW, Porsche et autres Mercedez stationneront toujours leur voiture à leur risque et péril dans c’te ville.

Toujours est-il que j’étais à Friederichshain mercredi et que l’atmosphère était électrique au Fischladen, bar sur la Rigaerstrasse, très probablement la rue où co-existe le plus grand nombre de gens ayant des dreads et/ou un berger allemand – accessoires bien de mise dans ce quartier d’espaces autonomes. (Bon, j’avoue, pour les gens qui connaissent bien Berlin, c’est pas un thème très nouveau, le chien comme accessoire démontrant son statut social, mais puisque j’en n’avais pas encore parlé ici, je profite de l’occasion, hein).

Le bar ne suffisait pas à contenir l’attroupement, la rue était bondée et la pôôôlice pas trop loin. Je pense que l’intention était de réouvrir le Loch, soit « le trou », bar qui m’avait absolument fascinée lors de mon premier plus long séjour à Berlin, il fallait littéralement se glisser dans une trappe dans le trottoir et puis tu tombais dans un monde parallèle, avec des punks qui récitaient des poèmes sur un fond de violon trash devant un attroupement de chiens et de joueurs de baby-foot tout rafistolé avec des cuillères et des vieilles figures en bois. La quintessence de Berlin. N’existe plus.

Bref mercredi, tout le monde était au Fishladen. Et au nom de berlin et les autres, j’ai osé vivre dangereusement : eh oui, j’ai réussi à prendre en photos deux spécimens de chiens parmi les 22 000 qui circulaient entre nos pattes ce soir-là. Pas facile, je vous dis, parce que les autonomes sont ben anti-photo et comme il faisait très noir, je ne pouvais pas m’en sortir discrètement, ie. sans flash. Mais pour vous, chers lecteurs, et au nom de l’Art avec un grand Tas, je me dévouerai toujours.

Macadam Tribus 2

Vous pourrez m’entendre ce vendredi entre 21h et 22h sur la Première chaîne de Radio-Canada en train de raconter l’histoire des squats à Berlin. Et puis pas de panique si vous le manquez: quelques jours plus tard ce sera en ligne et je vous indiquerai le lien du site Internet…

Le voici!

Du bon manger pour pas cher

Ha! Encore une petite virée en campagne, et hop! mes bonnes intentions de vous écrire quotidiennement sur le tout et le rien s’envolent en l’air. Mais m’revoilà.

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J’en profite ce matin pour vous proposer une entrée toute courte dans la catégorie « suivi »… Lors de mon tour guidé de la Kastanienallee, je mentionnais tout brièvement l’existence de « Voküs » à chaque mardi soir dans le sous-sol du café Morgenrot, sans fournir davantage d’explications.

Et pourtant, il s’agit d’un concept fort cool qui teinte la scène alternative berlinoise, méritant donc que j’y revienne. Vokü, pour Volksküche, la cuisine du peuple, ou Volxküche comme ils aiment l’écrire maintenant parce que ça faisait un peu trop nationaliste comme appellation. Bon, bref: Vokü.

Le concept: des gens cuisinent en immense quantité (habituellement végé) et invitent tout le monde et n’importe qui à venir en manger, en échange de donations, un minimum, ou on donne un peu, autant qu’on peut, comme on veut. À la différence des soupes populaires habituelles où des organismes subventionnés font de la bouffe pour les pauvres, il s’agit plutôt d’un réseau bien organisé de gens sans cash qui ont eux-mêmes décidé de se nourrir collectivement. Bien bon. À chaque soir, il y a au moins 4 ou 5 endroits à Berlin où il est possible de manger un repas complet en soi pour une couple d’euros, habituellement dans des projets de maison ou des squats. Le « StressFaktor » fournit la liste de Voküs offerts à chaque soir, mais je vous conseille par contre un peu de flexibilité en suivant ce guide, ces maisons sans statut défini peuvent disparaître sans crier garde, et les belles initiaves collectives existent justement tant et aussi longtemps qu’il a du monde pour les initier.